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To see the world for free " et gagner des billets verts …
Rico, 23 ans, est l'ainé de douze enfants. Sa famille habite le bidonville
de Basak Pardo… C'est un peu étroit, mais personne ne s'en plaint. Le
père de Rico est pêcheur mais souffre de problèmes cardiaques qui le
clouent chez lui. Sa mère est déjà très occupée avec sa douzaine d'enfants,
dont le plus jeune a 1 mois. Or, aux Philippines, il n' y a pas de RMI,
ni de couverture sociale et plus de 30% de la population vit sous le
seuil de la pauvreté (selon des critères locaux…). Chaque jour est un
nouveau défi pour gagner son riz quotidien! Rico, en tant que grand
frère, a un rôle à jouer, sa famille compte sur lui ! Sur 12 enfants,
seuls trois sont scolarisés, faute de moyen financier. Sa réussite professionnelle
est indispensable pour une famille qui a tout misé sur lui. Bien que
n'ayant jamais fait de traversée en bateau, il veut devenir marin sur
les cargos de la marine marchande. Car il a entendu dire que l'on parcourait
les océans en s'arrêtant dans de nombreux ports de pays différents et
surtout, on est payé avec des billets verts : une aubaine qui ferait
bien son affaire et celle des siens ! Il a donc des projets plein la
tête mais que d'obstacles avant de les réaliser... Il a conscience des
tentations qu'il devra affronter, de la solitude, des risques et de
la charge de travail à bord mais c'est à ce prix qu'il pourra aider
sa famille qui compte sur lui…
Parrainé depuis deux ans par une marraine française, dans le cadre
de l'association " Enfants du Mékong ", Rico peut payer sa scolarité
à l'université. Il loge au foyer, ouvert par l'association, et peut
ainsi bénéficier d'une ambiance de travail studieuse, avec 8 de ses
camarades… , il visite les bateaux du port et discute avec l 'équipage
pour savoir à quoi ressemblera son rêve ! Trois containers pour un peu
de détente et de chaleur humaine … Pour confronter la théorie à la pratique,
il se rend régulièrement au foyer de l 'Apostolat de la Mer (AOS). Chaque
port a son style d'accueil.
A
Cebu, le Stella Maris Seamen's Center se trouve amenagé dans 3 containers,
méconnaissable de l'intérieur car tout fut concu pour recevoir et accueillir
du mieux possible les visiteurs. Il est géré par 6 étudiants marins,
ce qui en fait son originalité par rapport aux 95 autres foyers AOS
repartis dans les ports du monde entier. Ce foyer faisait partie de
mes rêves lors de mon arrivée à Cebu en 1991. J'ai voulu créer un lieu
où étudiants marins, femmes de marins et marins en escale pourraient
se retrouver et partager leurs expériences. Pour avoir été embarqué
pendant 22 ans comme électricien, je sais combien une ambiance chaleureuse
et amicale est importante pour ces marins en escale. Là, Rico rencontre
d 'autres étudiants, des jeunes apprentis et des " vrais " marins. Il
écoute les récits de traversée et se prend à rêver ! Il se rend aussi
sur les bateaux du port pour discuter avec les équipages. Ces visites
de bateaux sont une activité importante du foyer Stella Maris qui invitent
les jeuens étudiants à plus de maturité..
Mais Rico arrivera-t-il a réaliser son rêve ? Plus que de voyager,
il est mis en demeure d'aider sa famille. Car les dollars mis à part,
et quand bien même les salaires sont effectivement versés, la vie de
marin a souvent le visage d'un cauchemard !
Les
" ennuis " commencent dès l'université …
car il n'est pas le seul à faire le même rêve, en tous les cas le même
calcul ! le nombre d'Ecole proposant ces cours n'a cessé de croitre
ces dernières années. On en compte 133 à travers les pays. Par comparaison,
il n'y en a que deux au Japon et au Danemark, cinq aux Etats-Unis et
trois en Angleterre ! C'est souvent un " business " familial, géré comme
une véritable entreprise où il faut augmenter les coûts de la scolarité
et minimiser les investissements pour maximiser le profit ! Chaque année,
40.000 étudiants marins sont diplômés. Seuls 2 ou 3.000 trouveront un
emploi, dans des conditions précaires, sous pavillon de complaisance
et après 6 à 18 mois d'attente à Manille ! (légende: les
"cadets" de Misamis Institute of technology, 1èere
université marine aux Philippines et 8ème dans le Monde.
La crème !)
Certes,
les philippins représentent 20% des effectifs de la marine marchande
mondiale. Ils sont appréciés pour leur côté travailleur, leur maitrise
de l'anglais, leur faculté à se mêler à des équipages internationaux,
leur propreté et surtout leurs doigts en or car ils savent tout bricoler,
lorsqu'ils sont mis au pied du mur ! Mais il n'est plus vrai de dire
que les marins (légende : 40.000 troncs d'arbres à
bord de ce cargo!) philippins constituent une main d'oeuvre
bon marché. Les chinois comptent 300.000 marins. Les instructeurs viennent
du Danemark et d'Angleterre et dispense un enseignement de qualité.
La main d'oeuvre est dix fois moins cher et surtout, les chinois ne
se plaindront jamais aux syndicats internationaux de peur d'être emprisonnés
pour sabotage économique. Prenez l'exemple de Nego Wes, le dernier bateau
sur lequel j'ai embarqué : le salaire de l'électricien indien est de
1800 USD, le chinois touche quant à lui, pour le même travail, 1100
USD… Et le revers de la médaille : sur 465.000 philippins enregistrés
sous la profession de marins, 184.000 ont un travail sur navires étrangers
et 70.000 en " inter-island ". La concurrence des autres pays est importante
:Entre janvier et juin 1999, la marine marchande philippine a perdu
12.000 emplois au profit d'autres nationalités asiatiques (Chine) et
d'Europe de l'Est. Une fois embarqué, la galère continue … Pour
Renato, " Aller en mer reste le plus souvent un rêve… ".
Le foyer de l'Apostolat de la Mer garde des contacts étroits
avec les jeunes futurs marins que j'ai rencontré lors de séminaires
ou de recollections, aucours desquelles je suis toujours accompagné
de femmes de marins et de marins qui m'aident à faire réagir les étudiants
en partageant leurs expériences.. Je recois de nombreuses lettres que
je publie dans une " newsletter " et apprends par fax ou par email l'arrivée
en escale d'un de mes anciens staff ou étudiants dans les foyers de
l'Apostolat de la Mer de France, du Japon ou des Etats-Unis….
Dans
tous ces foyers AOS, les marins retrouvent le même accueil chaleureux
et partagent leur vie à bord avec les volontaires. Il faut avouer que
le plus souvent le tableau est bien noir. En ce qui concerne les
conditions de vie, il suffit de rappeler que les cargos sont d'abord
équipés pour transporter de la marchandise et non des hommes, on comprend
alors à quelle enseigne sont logés les marins ! Le bateau n'est pas
non plus équipé pour la récréation et encore moins le sport ! Les discriminations
et les différences de traitements en fonction de la race, de la religion
et de la nationalité sont difficiles à endurer. La vie à bord et la
vie en communauté ne font pas partie des cours enseignés à l'université
et pourtant. Et pourtant … Apprendre à faire des concessions et à s'ajuster
pour que la vie à bord reste supportable reste une qualité indispensable
pour un bon marin. Daniel nous confiait : Je me sentais fatigué, faible,
ma gorge me brûlait, je vomissais, mais je devais continuer mon travail
et répondre aux ordres… (légende: dans le foyer du Stella
Maris de Cebu des marins de toutes nationalités partagent leurs
expériences auutour d'un bon verre)
Côté
travail, on ne chôme par sur un bateau… (légende: Richie Boy,
un ancien staff du Stella Maris. En tenus de travail dans la salle de
machine. Marin pour être le gagne pain de sa famille!)
En 20 ans, le nombre d'équipiers à bord a diminué de 60% .Pas étonnant
dès lors que deux tiers des travailleurs interrogés dans une enquête
avouent travailler entre 8 et 12 heures par jour. La même proportion
a eu un accident du travail au cours des deux dernières années : glissade,
chute, incendie à bord, chute de matériel, les causes sont multiples
mais les conséquences peuvent être très lourdes sinon fatales. On recense
2200 pertes humaines par an dans le monde. Selon la même étude, les
marins embarqués sous pavillon de complaisance sont deux fois plus exposés
au risque d'accident. 80% des catastrophes maritimes sont dues à des
erreurs humaines. Il ne s'agit pas de se plaindre, car le marin risque
alors de se voir sur " liste noire ", une liste qui répertorie les éléments
perturbateurs et qui les " grille " auprès de toutes les compagnies
qui utilisent ce moyen
de répression. Question salaire, ITF (International Transport Federation,
une confédération de syndicats nationaux, N°1 mondial) fixe à 1200 USD
le salaire minimum moyen. Près de 50% des marins touchent des salaires
inférieurs. Enfin, il faut être mentalement très fort .Au mal de mer
s'ajoutent le mal du pays, la lassitude, l'éloignement de la famille
et l'absence de nouvelles (l'équipement électronique de communication
est très loin d'être monnaie courante ou s'ils existent, ils ne sont
guère accessible à l'équipage ), les tentations dans les escales. Les
responsabilités à bord sont importantes. Les marins doivent s'astreindre
à des séminaires au cours desquels ils recoivent une formation très
stricte qui doit permettre de les éveiller à la discipline. Il est aussi
question de prévention contre la drogue, l'alcool …
Le Père Doriol (à gauche) a été lui
même électricien sur les cargos de la marine marchande
pendant 22 ans.
" Pour moi, la vie à bord est une lutte entre la vie et la mort
!, C'est, selon moi, 60% sauvegarde pour la sécurité personnelle et
40% laissés aux risques, aux maladies, aux accidents qui peuvent arriver
à tous moments, n'importe où. ! " raconte Daniel. " Etre
le gagne pain de sa famille est une lourde responsabilité, avoue Richie
Boy ".
La vie de marin est une prison un peu spéciale. La nourriture est bonne,
la cabine pas désagréable mais seule la mer et le soleil peuvent satisfaire
notre appétit… Cette vie ressemble souvent à une vocation qui développe
nos talents et nos facultés ! On y trouve de quoi mettre en valeur le
meilleur de nous mêmes. "
Roland DORIOL, sj
Aumonier du Port de Cebu
Aumonier du Stella Maris Seamen's Center
PAVILLON DE COMPLAISANCE
Cette expression désigne les
pavillons de pays don't la législation autorise et même facilite l'immatriculation,
sous leur pavillon, de navires appartenant à des compagnies ou des ressortissants
d'autres pays. Cette pratiques est bien différente de celle qu'observent
les puissances maritmes et nombre d'autres pays ou l'immatricluation
est soumise à des conditions stricites et imposent d'importantes obligations
: Régime fiscal avantageux Législation sociale quasi inexistante L'armateur
excerce le controle sans avoir à referrer à l'état du pavillon Absence
de controle administratifs contraingnants…
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